Les jours avant l’aide médicale à mourir

La photographie qui accompagne ce texte montre la lettre originale que ma mère m’a remise ce jour-là.

Ce qui persiste
1 min ⋅ 24/09/2026

Si je publie ce texte aujourd’hui, 24 septembre, c’est parce qu’hier n’était pas une date comme les autres. Un 23 septembre, il y a deux ans, ma famille et moi étions auprès de ma mère pour l’accompagner dans ses derniers instants.

Ce texte touche à une part intime de l’histoire qui a donné naissance à mon livre. Je le partage avec retenue, non pour expliquer ou convaincre, mais pour témoigner de ces quelques jours.

Ce qui persiste accompagne un livre en train de se faire. Les textes que je publie ici n’en seront pas nécessairement des extraits : certains pourront y trouver leur place, tandis que d’autres resteront peut-être ici, en marge du projet.

Nous nous bercions, chacun dans notre chaise.

Elle a sorti une enveloppe de sa poche, en a retiré la lettre et me l’a tendue.

Je savais ce qu’elle contenait. J’avais souvent pensé que ce jour arriverait.

Et pourtant, ce fut un moment simple. Presque normal.

Elle me regardait.

— Maman, on n’ira pas contre ce que tu désires. On est avec toi. Je suis avec toi.

J’ai senti son apaisement.

Accepter son désir, ce n’était pas l’abandonner. C’était l’aimer sans la retenir. Dans son regard, j’ai compris que notre acceptation était, pour elle, une preuve d’amour.

Une fois assis dans ma voiture, j’ai regardé l’érable rouge devant moi.

J’ai pleuré.

Bientôt, ma mère ne serait plus là.

Mon anniversaire est arrivé pendant ces quelques jours. Je savais que ce serait le dernier avec elle.

Les souhaits qu’elle m’a faits sont gravés en moi. Après son départ, j’ai compris qu’ils m’accompagneraient pendant tous les anniversaires où elle ne serait plus là.

Puis vint le moment où son corps décida que c’était assez.

Avant de quitter son appartement, avec le peu de force qui lui restait, elle voulut le ranger une dernière fois.

Elle m’a dit :

— Je ne reviendrai plus.

Une fois à l’hôpital, sa demande fut entendue. Lorsqu’elle fut soulagée physiquement, on sentait qu’elle était contente.

Les jours suivants furent un temps de préparation pour nous, ses enfants et ses petits-enfants, ainsi que pour ses frères et ses sœurs. Une date et une heure précises donnaient désormais une mesure au temps qui restait.

Je ne peux pas raconter ces jours sans parler de ma famille.

Chacun a été présent à sa manière, selon ses possibilités, avec ce qu’il portait de plus humain. Leur présence a fait une différence.

Je veux ici les en remercier.

Ses quatre derniers jours furent remplis d’amour.

Même lorsqu’on accepte cette décision, le temps pour s’y préparer peut sembler très court. L’acceptation n’efface ni le choc, ni la peine, ni le besoin d’être accompagné.

Si vous traversez une situation semblable, ne restez pas seuls. Demandez de l’aide et cherchez du soutien auprès de vos proches ou des ressources accessibles dans votre milieu.

Dans la prochaine publication: Pour qu’elle laisse une trace.

Yoland

Si ce texte fait écho à une expérience que vous avez vécue, ou si vous souhaitez simplement me faire part de ce qu’il éveille en vous, vous pouvez m’écrire à :

yolandlaflamme.photo@gmail.com

Ce qui persiste

Par Yoland Laflamme

Je me nomme Yoland Laflamme, artiste photographe établi à Sainte-Marie-de-Beauce.

Formé comme flûtiste et organiste, j’ai longtemps enseigné la musique avant de faire de la photographie mon principal langage artistique. La musique continue d’habiter ma manière de construire les images, leurs rythmes, leurs silences et leurs passages.

Ma pratique se situe entre figuration et abstraction. Je photographie moins les événements eux-mêmes que les traces, les états intérieurs et les transformations qu’ils laissent en nous.

Il me fera plaisir de lire vos commentaires à mon adresse courriel suivante: yolandlaflamme.photo@gmail.com